Traduction d'une stèle carthaginoise Que disent-ils ? Laissez le pointeur de votre souris sur chaque personnage .
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L'écriture phénicienne Page précedente 4 - ASHTART (Astarté) - extraits - (les numéros renvoient au glossaire en bas de page)
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GLOSSAIRE Les ondulations du reptile de pierre libéré par Tanit s’étendent sur les terres de la reine Didon. Ces hautes murailles hérissées de tours de guet monolithiques filent le long des reliefs timides du rivage puis s’enfuient sur les pentes douces de la colline de Byrsa avant de disparaître dans le golfe d’Utique. A peine contenues par la mer au levant et contraintes par la grande lagune à l’occident. Tant que les feux du jour irradient la cité aux cinq cent mille âmes, à l’abri des murs du serpent de blocs appareillés, le vacarme des faubourgs de Mégara distrait les sens et maintient l’esprit en éveil permanent. Au fil des heures les yeux se déplissent et supportent l’astre du jour, encore haut dans le ciel. Insidieusement, les ombres s’étalent sur le sol. Leur vantardise croit à mesure que le soleil noie la cité dans l’ocre orangé des fins d’après midi. Le moindre muret marque la terre battue d’une balafre sombre et plate. L’air, si sec qu’il devient étouffant aux heures chaudes, s’est chargé de l’humidité salée des vagues, toutes proches. Lorsque le va et vient des citadins affairés faibli, le ressac devient perceptible. Un souffle apaisant sur la brûlure laissée par le jour. Les échassiers traversent une dernière fois les étangs, annonçant la fin du tumulte. Presque à bout de souffle, la lumière vacille comme les derniers feux d’une bougie au corps boursoufflé, avachie sur elle-même. Le soleil a fuit derrière les collines, les bruits se font discrets. Depuis le transfert des teintureries de pourpre au delà des limites de la ville, l’odeur âcre des coquillages broyés n’empeste plus l’air de Carthage. Le précieux colorant rouge qui en est extrait a fait la richesse de nos cités. Les étoffes des plus puissants représentants du monde civilisé affichent partout cette couleur sanguine, née du génie punique. Le négoce, sous toutes ses formes, par toutes les mers, le don des phéniciens. Avec le soir vient le repos des sens. Les citronniers des villas cossues qui entourent le temple d’Eshmoun libèrent leurs senteurs acidulées. Les hordes de moineaux, soudain hystériques, se massent dans les bosquets fleuris, irrigués et entretenus avec passion par les mains expertes des jardiniers numides. Dans les innombrables demeures naissent les premiers foyers. Les caravaniers berbères ont regagné les campements établis dans la journée à l’ombre des hautes tours, laissant un berger armé devant le feu. Du lait et des galettes de céréales le tiendront en éveil, en tête à tête avec la voute céleste, constellée d’infinis éclats. Assis en tailleur sous une couverture légère, on le croirait endormi. Au moindre bruit suspect provenant du troupeau, son poignard courbe grand comme l’avant bras saura dissuader les importuns. La ville chuchote encore quelques mots à la brise du soir avant de s’assoupir. Puis la nuit vient. Les secondes s’écoulent intensément. J’ai parcouru d’innombrables fois les quelques dizaines de mètres qui séparent mes appartements des grandiloquentes salles de réception, croulant sous les peaux de fauves, les cruches d’argent serties de pierres bleues aux facettes scintillantes, de tables d’ébène aux pieds de griffons incrustés de feuilles en métal précieux. L’or qui attise l’avidité des hommes. Matsal avait besoin de s’entourer de ces objets luxueux. Il ne pouvait concevoir sa fonction sans les attributs du pouvoir absolu. Il évoquait les richesses de l’Afrique envoûtante, dont les traits irréguliers se perdent à l’horizon, au-delà même des sables. Familière et indomptable, indolente ou terrifiante, tous ceux qui la courtisent tombent sous son charme insidieux, sans jamais la conquérir. Les grands pharaons d’Egypte, seigneurs du Royaume des Deux Terres et protecteurs de nos ancêtres de Tyr et Sidon, ont investi ce continent aux mille visages. Certains prétendent qu’ils y cherchaient l’or nécessaire pour recouvrir le corps les momies royales et l’argent destiné à les maintenir debout (4). Bien plus que les richesses matérielles, les égyptiens vénéraient le dieu Nil. Gaspiller ses largesses était un blasphème. S’enfonçant dans le pays de Koush (5), défendues par les cataractes du fleuve turquoise, les sources se perdent au cœur d’une impénétrable forêt noueuse, avant de disparaitre dans les entrailles de la Terre. Livrer le secret de ses origines aux hommes reviendrait à confier à de simples mortels la première richesse du sol nourricier. Les dieux ne l’entendent pas ainsi. Se battant jusqu’à la mort pour obtenir la maîtrise de ce trésor, les petits êtres finiraient par en donner le contrôle à d’obscurs tyrans. Soucieux de leur pouvoir absolu, déifiés par des prêtres ignorants en quête de faveurs ou de titres, ils offenseraient la source. Les terres riches retourneraient au sable. Combien d’empires n’ont pas su enrichir leur propre peuple, poussant toujours plus loin la conquête des greniers d’autres infortunés. Ignorant que la servitude nourrit la révolte, ils ont sombré dans le mythe la de puissance éternelle : Hittites, Assyriens, Babyloniens, Akkadiens… Qui d’autre viendra demain ? S’empressant de commettre la même erreur par le mépris de l’Histoire, leur sort sera identique. Depuis des siècles les pharaons se sont retirés dans les Champs Fertiles de Yaru (6) et, restées seules sur les dunes brûlantes, leurs Demeures d’Eternité (7) contemplent désormais le spectacle de désolation d’une terre laissée à l’abandon. Les Perses ont conquis ce grand pays pour ses richesses inestimables. Son peuple, indolent, joyeux et amoureux de ses traditions a été brisé. Les phéniciens aussi ont été soumis, contraints de mettre leur imposante flotte au service du conquérant, évitant ainsi l’anéantissement. Leurs navires ont été lancés à l’assaut des cités grecques, avec succès. Nos voisins hellènes, auparavant alliés, ne nous l’ont pas pardonné. Il y a de cela fort longtemps, mais, depuis, nos destins suivent des routes différentes, voire opposées. Les Grand Rois de l’Euphrate n’en tireront pas avantage (8). Ainsi, sous la pression des Assyriens, puis des avides rois Perses, les cités phéniciennes ont cherché à transporter leur savoir en d’autres lieux, plus cléments. Le grand Hannon (9) a rédigé un traité d’agronomie qui a fait la renommée de Carthage dans le vaste monde, de la grande Gadir (10) jusqu’aux contrées du lointain Orient, où les éléphants ont le front bombé et de petites oreilles, en passant par les colonnes d’Hercules. L’eau est notre espoir. Ainsi parlait Matsal (3), suffète de Carthage, fier de cet empire hétéroclite, mais conscient de la convoitise inéluctable des puissances montantes. En particulier celle qui se développe à l’abri de ses sept collines, dont les créateurs seraient nés d’une louve. Rome. Matsal était très préoccupé. Les romains tentent une alliance avec les grecs de Sicile. La carte des conflits se déplace désormais en occident. En l'observant, toutes ces pensées me reviennent. Assis sur la margelle du bassin ombragé, à l’abri des regards de ses semblables, il me contait les légendes de Tyr, de la reine Didon, des pharaons. Passionné par les origines de son peuple, convaincu que le sang de Carthage est celui des élites. Suffisant et pourtant défenseur des minorités. Paradoxal. Tout cela n’est plus désormais. Mes pas glissent sur le marbre vert. Leurs efforts conjugués tendent vers un unique but : ne pas faire de bruit. Je me concentre à chaque mouvement. Mon corps épouse les plis gansés des lourdes tentures aux reflets émeraude qui tombent des plafonds. Les grandes portes-fenêtres sont ouvertes sur la coursive. La lune projette une lueur glabre, tranchant avec les ondulations rougeoyantes des torches à bain d’huile. Au-delà des murs du palais, envahissant l’espace aphone, une chouette crève ce silence devenu pesant. Elle ne craint plus les hommes, ils dorment tous. Ce monde lui appartient. Les pupilles dilatées, elle attend, scrutant la pénombre, fébrilement agrippée à sa branche. Souris et mulots se terrent dans l’obscurité, leur seule alliée. Dans la demeure assoupie, comme cette chouette, les gardes oscillent de temps à autre sur leurs membres, émettant un soupir d’ennui. Ils attendent interminablement leur proie. Selon les indiscrétions de palais, nous seront bientôt en guerre. Les gardes sont aux aguets. Ils craignent que leurs ennemis s'inspirent de leur propre penchant à la ruse et assassinent le grand suffète. Les grecs de Sicile n’envoient pas d’assassins si loin de leurs cités. Par contre les carthaginois, pourtant si fiers de leurs origines nobles, les utilisent dès que l’occasion se présente. Ils paient leurs services au prix fort. L’or permet bien des excentricités. Sont-ils pour cela plus vils que nos rivaux, ou seulement plus riches ? S’ils me surprennent, leur brutalité me fera avouer tout ce que je sais, mais également ce que j’ignore. Sa main est resté crispée sur la statuette d’Ashtart (1). Cette déesse intrépide avait séduit le jeune mortel Eshmoun (2). Pour lui échapper il s’était mutilé. Obstinée et contrariée, comme souvent, Astarté l’avait ramené à la vie, en faisant un dieu. Et cela pour satisfaire sa passion irrationnelle, plus que pour sauver d'une mort inéluctable ce beau garçon. Matsal est mort, poignardé dans son imposant lit à baldaquins. L'assassin lui a coupé l’annulaire et l’auriculaire de la main gauche. Le visage éteint du grand suffète de Carthage garde des yeux exorbités. Sa bouche semble hurler le nom du meurtrier qui a voulu porter un coup fatal à l’empire punique. Je lui dois ma condition, enviée par les humbles et raillée par les élites. J’étais son esclave, mais il me traitait avec égards. Le jour où mon oncle est apparu dans l’embrasure de notre petite maison sur la grève, portant mon père dans les bras, j’ai compris que ma vie ne m’appartiendrait plus. Les carthaginois proposaient des alliances aux tribus numides, ayant vite assimilé l’atout que représenterai leur cavalerie au sein d’une armée de mercenaires. Ils se sont montrés très généreux avec ceux qui passeraient, pour eux, la moitié de leur vie sur le dos de ces petits chevaux, nerveux et endurants. Nous étions pêcheurs. Carthage nous a sommés de rejoindre l’alliance consacrée par les rois de peuples hier antagonistes, désormais soudés par la quête de nouvelles terres et de formidables débouchés commerciaux. La flotte punique n’a aucun égal. Les grecs sont de bons marins, mais les guerres du Péloponnèse ont freiné leur essor sur mer. Mon père a refusé de se soumettre. Matsal m’a achetée, selon les pêcheurs d’Utique (11), ou recueillie, si l’on en croit les affirmations embrouillées de celui qui était mon oncle. J’ai demandé à mon maître, il y a trois jours seulement, l’autorisation de retrouver mon frère. Je lui ai dit que je m’échapperai s’il refusait. Il a haussé les épaules. S’échapper ? Où ? La mer, la lagune marécageuse, le désert ? Carthage est imprenable pour les mêmes raisons qu’on ne peut s’en échapper. Même si ces murs me retiennent et quelque soit le confort de mon quotidien, je ne lui appartiendrais jamais. En rentrant du marché de Sâalek, je ne l’ai pas l’informé de mes préparatifs. Je vais quitter Carthage et lui aussi, inévitablement. Marik est allé aux écuries pour s’occuper de nos chevaux. Il n’a pas vu Matsal depuis deux jours, mais il a entendu notre dispute. Peut être dira-t-il aux gardes que je suis allé le rejoindre afin de mettre un terme à notre vie commune. Ils m’accuseront du meurtre. Particulièrement leur chef, l’insensible et dévoué capitaine Iqbal. Avais-je des raisons pour assassiner mon maître ? Assurément. Après tout, je n’étais qu’un bel objet de plus pour lui. Rien de plus. Je dois fuir, mais je ne peux quitter ce lieu sans être aperçue. Les témoins attesteront de l’assassinat du suffète par sa concubine, même s’ils n’ont rien vu. Ce crime d’état porte atteinte à tous les carthaginois. Je suis numide. Je n’ai pas le pouvoir de ramener Matsal à la vie, comme l’a fait Ashtart. C’est pourtant le nom que m’a donné mon père . Phil :-) archeostudio.net
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