La progression du christianisme dans l'empire avait conduit Marc Aurèle à utiliser la répression : à Lyon , des martyrs ( Blandine et Sanctus ) furent exécutés dans l'amphitheâtre du sanctuaire fédéral des Gaules et furent suppliciés. Du temps de Septime Sévère , natif de Lepcis Magna , les chrétiens furent épargnés avant de connaître la persécution du préfet Laetus en Egypte. L'empereur ne se serait pas acharné contre les chrétiens mais aurait condamné certaines de leurs factions au titre d'associations illicites.
Pour aller plus loin : ARCHEOLOGIA n° 441 - Février 2007 : " La crucifixion, étude anatomique d'un supplice antique " par Jacques Jaume, docteur en médecine
" Ce nom leur vient de Christ , que, sous le principat de Tibère , le procurateur Ponce Pilate avait livré au supplice ; réprimée sur le moment, cette exécrable superstition faisait de nouveau irruption, non seulement en Judée, berceau du mal, mais encore à Rome, où tout ce qu'il y a d'affreux ou de honteux dans le monde converge et se répand. On commença donc par poursuivre ceux qui avouaient, puis, sur leur dénonciation, une multitude immense, et ils furent reconnus coupables, moins du crime d'incendie qu'en raison de leur haine pour le genre humain. A leur exécution on ajouta des dérisions, en les couvrant de peaux de bêtes pour qu'ils périssent sous la morsure des chiens , ou en les attachant à des croix , pour que, après la chute du jour, utilisés comme des torches nocturnes, ils fussent consumés. " (Selon certaines traditions, c'est sous cette persécution que Pierre aurait été martyrisé).
Gay Nicolaï Nicolaievitch ( 1831 - 1894 ) Le calvaire
PAGE PRECEDENTE Amphitéatre des Trois Gaules actuel " jardin des Plantes " LYON - ( Croix - Rousse )
Cicéron , avocat, plaidant pour Rabinius, accusé de haute trahison, s'élève violemment contre la crucifixion dont est menacé son client, un citoyen romain en 63 av JC. Cicéron, Pro Rabirio, 16. "C'est un malheur que la flétrissure d'une poursuite criminelle, un malheur que la confiscation des biens, un malheur que l'exil, mais dans tous ces malheurs on conserve toujours quelque apparence de liberté. Enfin si c'est de mort qu'on nous menace, mourons du moins en hommes libres. Oui, que le bourreau, que le voile qui enveloppe la tête (allusion aux modalités de l'exécution), que le nom même de croix soient écartés non seulement de la personne des citoyens romains, mais de leurs pensées, de leurs yeux, de leurs oreilles. Car pour de tels supplices, ce n'est pas seulement l'effet et l'exécution, c'est le caractère, l'attente, le nom seul qui sont indignes d'un citoyen romain et d'un homme libre. "
Cliquez sur les images pour les agrandir La réalité du martyr n'étant pas vraiment à l'avantage du genre humain, certaines images peuvent vous choquer : dans ce cas, ne les agrandissez pas .
Dans les Annales écrites vers 115, Tacite évoque l'incendie de Rome en 64 et les mesures ordonnées par Néron pour reconstruire la ville. Il rappelle la persécution des Chrétiens voulue par l 'empereur Néron . Selon certains commentateurs, nous aurions dans ce texte l'un des plus anciens témoignages hérités du monde païen sur les Chrétiens. Tacite, Annales XV, 44 " Aucun moyen humain, ni les largesses du prince, ni les cérémonies pour apaiser les dieux, ne faisaient céder l'opinion infamante d'après laquelle l'incendie avait été ordonné. En conséquence, pour étouffer la rumeur, Néron produisit comme inculpés, et livra aux tourments les plus raffinés des gens, détestés pour leurs turpitudes (Notes de l'historien : les mêmes accusations sont portées contres les juifs), que la foule appelait " chrétiens " .
PAGE SUIVANTE 12 -Patibulum Le chemin qui conduit au promontoire rocheux serpente dans un des ouadi asséchés au sud de la cité. Les pluies abondantes des premiers jours de printemps ne sont plus qu'un souvenir . Dès les premières chaleurs, cette terre de contrastes s'est dévêtue de sa frêle toison herbeuse . Entraînant dans sa course un aréopage d'insectes desordonnés et d'oiseaux multicolores, la rivière tumultueuse chargée de sédiments n'était qu'une illusion . Ephémère et fragile, la douceur de ce vallon s'est évanouie en si peu de temps que les roches, brûlantes, espèrent déjà le retour de l'eau . La poussière se lève à chacun de ses pas . Elle rappelle à ceux qui s'aventurent en ces lieux qu'ils n'y ont guère d'avenir. Ses pieds heurtent le moindre obstacle et le sol, imperturbable, restitue l'onde de choc jusqu'aux épaules . Lorsque l'air s'engouffre dans la trachée, aspiré par une bouche qui n'a plus la force de se fermer, il fend les lèvres et brûle le palais . L'expiration n'est plus qu'une plainte sourde. Le sable masque les blessures d'une tâche brunâtre que la sueur ne parvient plus à décolorer. Son dos est meurtri par le patibulum, les bras pliés en arrière de la nuque, les poignets gonflés par une corde serrée à l'excès . La chaîne liant ses mollets le retient comme une ancre qui déraperait dans une mer sans vagues . Courbé par la douleur, son corps ne laisse rien transparaître de l'homme qu'il était hier encore . Pourquoi fait-on cela ? La souffrance est-elle un remède à la faute ? Et en l'occurence, quelle est -elle? Réclamer le partage des richesses avec les plus humbles, retirer aux idoles leurs pouvoirs magiques, annoncer la fin des mythes . Croire en un seul dieu . Et alors ? Il y a chez nous un petit autel où ma mère fait brûler de l'encens et de l'huile parfumée derrière les petites statuettes de nos divinités: Hercule et Dionysos. Il semble qu'ils ne lui aient pas apporté l'aide qu'elle mérite depuis tant d'années . Enfant, je serrais les poings et je crispais les yeux à m'en étourdir, les lèvres pincées comme un verrou secret, implorant pour elle toutes les richesses que je n'osais réclamer à mon propre avantage. J'attendais . Rien n'est venu . Je la regarde toujours partir à l'atelier le matin . Je soupire lorsqu'elle disparaît à l'angle du Cardo maximus, après m'avoir fait un dernier signe de la main et ce petit sourire sans lequel je n'irai pas travailler . Les années ont passé, sa tendresse est restée . La pauvreté aussi . Désormais, nombreux sont ceux qui ont pour seul espoir les miettes de la vie fastueuse et ostentatoire des privilégiés . Ils ne croient plus que Rome les enrichira et encore moins que l'empire les rendra meilleurs . Les tribus nomades sont toujours prêtes à en découdre . Il paraît que notre immense cité était jadis leur terre . J'ai peine à le croire mais, si cela s'avérait exact et qu'ils veuillent la reprendre, qui croit encore suffisamment en nos valeurs pour leurs sacrifier sa vie ? Les grecs de Cyrene l'ont fait autrefois . Ils ont pourtant été vaincus . C'est Julia, la soeur de Tullius qui me l'a dit . Elle est encore plus laide qu'avant et son maquillage ressemble toujours à une boutique d'épices exotiques, mais elle sait beaucoup de choses grâce à son mari . Il est toujours notre proconsul, adulé par son beau-frère, mon cher patron . Quand sa soeur s'approche de moi pour m'embrasser , j'ai envie d'éternuer. J'ai à peine seize ans et je trouve qu'elle se frotte bizarrement à moi ... naturellement ça fait beaucoup rire Tullius – pas moi. Maintenant, Rome domine le monde, comme un chef de meute qui fait régner l'ordre par la crainte qu'il inspire et la soumission qu'elle engendre . Mais les égarés et ceux qui refusent de baisser les yeux cherchent dans leurs temples le soutien et le réconfort d'un être de miséricorde . Ils sont de plus en plus nombreux . Moi, je ne suis pas comme eux mais, que font-ils de mal ? Le pouvoir les redoute assurément . Ne craindre qu'un seul dieu, c'est aussi ne plus avoir peur des princes . Les parents de Milva sont chrétiens . Depuis que Tullius me l'a chuchoté entre deux fournées, je ne dors presque plus . Parfois je me lève d 'un bond, je sors dans la petite cour commune aux modestes demeures de mon quartier, je grimpe sur la statue estropiée d' Hermès ( une secousse de la Terre lui a fait tomber un bras il y a deux saisons ) et je scrute désespérément l'horizon nocturne, pour y trouver cet endroit effroyable . La petite butte rocheuse où les condamnés sont mis à mort . Et s'ils l'emmenaient en pleine nuit, sans jugement, sans que je le sache ? Cette idée me fait résonner les tempes, comme les soufflets d'une forge intérieure . Le coeur frappe lourdement à la porte de mon thorax, voulant s'en échapper pour extérioriser cette crainte qui me tétanise . S'ils prennent Milva, j'irai avec elle . Je le lui ai dit . Je serai supplicié à sa place, même si je n'ai encore aucune idée de ce que cela représente . Je m'accuserai de prosélytisme ( il m'a fallu un moment pour saisir le sens de ce mot nouveau, que m'a expliqué Julia, peinturlurée comme une vestale excentrique ) . Lorsque la plus belle des chrétiennes a entendu ces mots, elle m'a pris la main et m'a dit, avec son petit sourire malicieux : - Et si personne ne m'arrête, tu viendras quand même avec moi et tu seras chrétien ? J'étais tellement désarçonné par cette hypothèse inattendue, masquée par ma terreur nocturne, que je n'ai pas su répondre sur l'instant . J'ai froncé un sourcil, observé avec un semblant de profondeur d'âme le mur délavé qui me faisait face et j'ai laissé échapper une réponse qui ne méritait pas tant de réflexion : - De toute façons ... là où tu iras, j'irai . Alors, je serai chrétien aussi, si tu le veux . Soudainement, comme une révélation latente, j'ai pris conscience qu'elle était devenu au fil des jours une partie de mon être . Une résidente permanente d'un petit coin tranquille de mon esprit . Je me suis à peine aperçu que je serrai ses longs doigts fins dans ma main d'apprenti mitron . Je ne pouvais plus les lâcher . Ce matin là, je ne voyais plus les bateaux, le port semblait s'être vidé, plus d'agitation sur les quais . Aucun son n'était dissocié de sa voix, rien d'intelligible dans les paroles des lepcitains . Plus personne. Juste elle et moi. Les prêtres de notre province de Tripolitania sont parfois persécutés ... parfois tolérés . Seuls les empereurs décident de ce qui doit être : intégrer les chrétiens dans l'empire, ou les exterminer . La crucifixion, cet ancien supplice que les peuples pratiquaient déjà du temps des mésopotamiens, reprise par les perses, puis les carthaginois et même importée par le Grand Alexandre, a été remise au goût du jour . Face à cette horreur, visiblement appréciée d'une large part de la population, avide du sang des autres (comme s'il n'avait pas la même couleur selon la religion ou la faute commise ), je ne pourrai plus vivre dans l'incertitude . Il faudra peut-être partir un jour . Je l'éloignerai de ce supplice . Je ne sais pas encore où, ni comment . Je trouverai . Les chrétiens croient qu'il existe un lieu magnifique où règnent le calme et la paix, où le bonheur sans partage est la règle . On peut y exister indéfiniment avec peu de choses . Le « paradis » ils l'appellent . Le problème, majeur, vient du fait que cet endroit n'est accessible qu'après la mort . Et moi, je n'ai pas envie de mourir ... pour vivre avec celle à qui j'ai confisqué la main . Il faudra qu'elle m'explique cette notion . Quand je lui aurai rendu sa main. Si j'y pense . Je croyais pourtant que la magie et les mythes n'avaient plus cours dans leur religion . Curieux . J'ai du mal à les comprendre, mais je ne les rejette pas . Moi, mon paradis; il n'a pas de jardin exubérant portant des fruits magiques, défendus ou non . Il n'a même pas de rivière qui fredonne une interminable musique aux galets arrondis par le temps . Il n'a pas d'air non plus, ni doux, ni sec . Le jour et la nuit y sont superflus . Mon paradis; il porte deux éclats aux couleurs de la mer et deux petites vagues qui ondulent sans cesse, laissant s'échapper des mots que j'attrape dès qu'ils s'élèvent . Aucun fleuve, fut il à l'origine de ce monde, ne fait d'aussi jolies boucles que celles que dessinent ses cheveux . Mon Paradis, je lui tiens la main et je ne la lâcherai plus, jusqu'à la mort . Mais ça n'arrivera pas . Il a d'abord été fouetté, nu, puis on a chargé ses épaules d'une poutre transversale, creusée d'une mortaise : le Patibulum . Elle est maintenue en place par des cordes qui lient les bras en arrière du cou et lacèrent les chairs . Le Titulus, document officiel exposant la cause de sa condamnation, pendant sur le torse, il a été traîné dans les rues de la cité, jusqu ' à cet endroit lugubre, les pieds en sang . Sur le chemin, la foule, d'ordinaire si prompte à solliciter des avantages de toute sorte en période de disette, s'est moqué de lui . On lui a craché dessus, on l'a battu par simple plaisir d'ajouter une touche personnelle à cet abjecte sentence . Les enfants jetaient des cailloux sur son passage, de loin car leurs prudes parents, hilares, voulaient mettre un peu de distance avec ce spectacle affligeant . Non pas qu'ils aient craint de choquer l'esprit pur de leurs chers bambins ( ce que la logique aurait commandé), mais cet être infecte aurait pu les souiller de sa faute infamante et, qui sait, peut-être même leur lancer un regard maléfique ... le mauvais oeil ! La pire horreur que leurs esprits étroits soient capables de concevoir . Ils n'ont même pas vu qu'ils infligeaient à cet homme un traitement qui les a fait verser dans la bestialité . Ils n'ont plus rien d'humain . Pourquoi font-ils cela ? Arrivé sur la butte des suppliciés, dans un ultime effort, son regard s'est levé vers les deux Stipes . Ces pieux sont plantés là pour recevoir les Patibulum, s'emboîtant dans leurs mortaises . On l'y a fixé sans ménagement. La mise en scène, savamment calculée pour faire durer la souffrance, a débuté sous la direction experte du bourreau . On l'a cloué au Patibulum . Non pas dans le plat de la main, ça n'est pas assez résistant ( le malheureux tombe de cette croix en « T » en peu de temps, la main transpercée ) et une artère perforée aurait hâté la mort . Non, les hommes, êtres doués de discernement par la grâce des dieux, ont compris qu'il fallait un endroit ferme, qui tienne bien le clou, sans provoquer de blessure fatale . Le supplice est ailleurs, bien plus atroce . Et les hommes ont trouvé . Quelle aubaine : il existe à la base du poignet un petit espace tarsien, dans le prolongement du radius et du cubitus, assurant une résistance osseuse suffisante au clouage, dénué d'artères inopportunes . Puis, on lui a plié les jambes de chaque côté du Stipe, les talon remontés au niveau du haut des cuisses et on lui a cloué les pieds sur la face externe, dans le pieu vertical . Même nécessités, mêmes remèdes : il ne faut pas saigner le condamné après quelques minutes en lui transperçant une artère . Il faut infiltrer le clou entre le calcanéum ( os du talon ) et le tendon d'Achille ( le gros tendon situé au dessus du talon ). Là , ça tient bien . La mort peut venir lentement . Ainsi suspendu, le crucifié mourra d' asphyxie, après une longue période d'auto torture, durant laquelle il n' aura de cesse de se hisser à la force des bras pour dégager sa cage thoracique, afin de respirer . Il n'y arrivera pas . Au terme de sa souffrance, on lui rompra les artères des membres inférieurs, le Crurifragium, pour le saigner et le faire mourir dans de terrifiantes douleurs . Voilà ce qu'est une crucifixion . Le châtiment suprême dans l' échelle des peines du Droit Romain . Champions de la civilisation, héritiers des philosophes grecs, bâtisseurs admirables, ces êtres sont aussi des monstres . Que font les dieux ? Que fera le dieu unique pour arrêter cela ? J'ai voulu voir ce qui arrivait aux chrétiens . Mon estomac a expulsé tout ce qu'il contenait . Au retour, je me suis arrêté un instant au pied d'un olivier, tout en haut de la pente qui conduit à la porte fortifiée . J'avais besoin d'air . D'ici j'aperçois le groupe de maisons où vivent Milva et sa famille . Je vais aller voir son père . Désormais, je trouverai le courage de lui demander la main de sa fille . Je l'ai déjà prise . Et même un peu plus . Ma mère le sait . Elle est inquiète et heureuse . Je la comprends . Le martyr ne consiste pas uniquement à mourir dans ces horribles souffrances . Le martyr, ce serait aussi de vivre après que ce supplice lui ait été infligé . Je ne l'accepterai pas . Je vais d'abord me fiancer, ensuite nous partirons . A suivre ... Phil :-) archeostudio.net
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