PAGE SUIVANTE En attendant la suite des chroniques de Quintilius le Lepcitain, un intermède pour un ami qui a besoin d'aide ... depuis des siècles !
14 - KEDROS Dans l'épaisse forêt du pays de Phoenix naquit une petite pousse . Entourée des grands anciens, elle tendait fièrement ses branches fluettes vers l'azur. Pleine d'espoir, elle rêvait du jour où l'ombre de son feuillage naissant parviendrait à assombrir le sous-bois. Au fil des ans son corps s'épaississait . Le tronc devint tellement robuste que les pierres du chemin le regardaient avec jalousie . Un matin, le vent vint l'aviser sans ménagement de la venue d'un terrifiant orage . Le tonnerre , déchirant l'air pesant, résonnait dans l'âme de chaque habitant des futaies, la pluie en ruisselant faisait pleurer les feuilles tremblantes . L'arbre vit alors de petits êtres s'agiter en tous sens, courant sur deux étranges racines hors de terre, agitant fébrilement d'insignifiantes paires de branches . Stupéfait, il observait se déchirer entre eux ces gros insectes grégaires, tous unis par leur espèce . Criant, invoquant leurs dieux, ils s'évertuaient à se détruire, partageant une seule et même douleur . Au terme de cette lutte sans espoir, ils ne furent plus que deux . Soulagé, l'arbre les vit s'avancer vers lui, échangeant les termes d'un accord . Enfin le repos . Il ressentit soudain la brûlure de l'acier tranchant déchirer ses nervures . Les petits êtres allaient construire un navire afin de poursuivre le combat sur les mers . Ils venaient de s'entendre pour l'abattre, lui, l'héritier des empires sans âge, le témoin de l'antique histoire des princes d'Orient . La sève coula le long de son écorce et, à bout de forces, il finit par s'écrouler. Sur cette herbe d'où il émergeait à peine lorsqu' il était petit, sa grande silhouette gisait, comme un géant pétrifié. Le chant de la forêt se tu à jamais . Ainsi vécu Kedros, roi de Phoenix. Il ne savait pas parler . Comment alors dire aux hommes qu'en le mettant à terre, afin de bâtir leur désir de puissance éphémère, ils souffriraient indéfiniment de n'avoir pas su faire la paix . Que sont les cèdres de Phénicie sans l'espoir de partager le jour nouveau ? Ils étaient tous unis, majestueux, défiant le temps . Les petits hommes, comme eux, l'ont appris à leurs dépends . Isolés et désunis ils sont devenus faibles, laissant le soleil brûlant occuper l'ombre protectrice évanouie . Liban, Assieds toi sous le feuillage séculaire et écoute celui à qui tu n'a jamais parlé . Rends au cèdre la liberté et trouve la force de renaître . Phil : - ) archeostudio.net
Les Phéniciens (1200 à 146 av. J.-C.) L'émergence d'un pouvoir La « Phénicie » ne forma jamais à proprement parler un pays ou un empire. La dénomination historique de cette civilisation est en fait une invention des Grecs. Le terme phénicien vient du grec « phoenix » , par référence dans ce cas à un rouge sombre ou une teinte brun pourpre. En effet, les Phéniciens étaient renommés pour leurs teintures textiles et, en particulier, pour un pourpre très coûteux prisé par les membres de la famille royale. La pérennité de la langue grecque, ainsi que l'abondance des textes qui nous sont parvenus intacts, ont eu raison de la pénurie de sources phéniciennes et le nom est resté. Des premières villes qu'ils édifièrent, Tyr, Sidon, Berytos (l'actuel Beyrouth) et Byblos étaient les plus importantes. Ces villes côtières étaient bordées sur leur partie terrestre par les monts du Liban. La mer offrait donc la seule opportunité d'expansion et d'enrichissement économique. La principale activité des villes côtières cananéennes, puis phéniciennes, généralement placées sous l'autorité égyptienne, consistait à fournir la région du Nil en bois (cèdres du Liban). La plus importante des colonies phéniciennes, Carthage , fut établie aux alentours de 700 av. J.C. La Sicile , la Corse , la Sardaigne et l 'Espagne (les actuelles Cadix et Cartagène ) abritaient d'autres sites importants. Au cours des 500 ans qui suivirent, Carthage connut une croissance rapide, tant en taille qu'en puissance. Elle tira l'essentiel de ses richesses du minerai de fer espagnol. Afin de garder le contrôle de la Méditerranée occidentale, elle eut à combattre les Grecs, puis les Romains. L'économie L'économie phénicienne fut d'abord fondée sur le commerce et le travail du bois ainsi que sur les teintures textiles. Ces teintures, du rose au pourpre foncé , étaient fabriquées à partir de glandes d'escargot de mer en putréfaction. Cette teinture coûtait très chère : il fallait plus de 10 000 coquillages pour en obtenir environ 1,5 g. Sa fabrication dégageait une odeur si désagréable que certains voyageurs refusaient de visiter Tyr. Lors de leurs explorations en Méditerranée occidentale, ils découvrirent d'importants gisements de minerai de fer en Espagne , à moins qu'ils ne les aient confisqués aux Grecs qui les avaient peut-être précédés. En édifiant des sites fortifiés en Sicile et en Afrique du Nord , ils interdirent de fait aux autres marchands tout accès aux ressources de l 'Espagne, de la côte africaine (or, bois exotiques et esclaves), et de la Bretagne (l'étain, matière primordiale pour la fabrication du bronze). La religion et la culture Les Phéniciens pratiquaient une religion polythéiste dont les dieux, en particulier Baal, le dieu des orages, exigeaient des sacrifices continuels afin de prévenir les désastres. On n'a encore découvert aucun temple phénicien significatif, mais la plupart de leurs villes sont enfouies sous nos villes contemporaines. La Bible fait état de sacrifices humains chez les Phéniciens, mais cette pratique disparut peu à peu. À Carthage, cependant, elle persista. Il a été trouvé dans un cimetière en dehors de la cité, des milliers d'urnes funéraires de bébés sacrifiés aux dieux. Les familles de la noblesse de Carthage prirent l'habitude de substituer des animaux et des esclaves à leurs enfants, mais après un désastre militaire survenu en 320 av. J.-C., 500 nourrissons des meilleures familles furent sacrifiés. L'une des contributions durables des Phéniciens à la civilisation fut un proto-alphabet dans lequel chaque lettre représentait une consonance. Cela raccourcissait considérablement le nombre de symboles requis pour former des mots. À l'écrit, les voyelles étaient sous-entendues. Par la suite, les Grecs améliorèrent ce système en ajoutant des symboles pour figurer des sons vocaliques, créant ainsi le premier alphabet véritable. L'héritage La tradition commerciale des Phéniciens s'est perpétuée au Liban jusqu' à l'époque moderne , quel que soit le pouvoir politique en place. Les Phéniciens ont aussi laissé le souvenir de grands marins. Ils passent pour la première civilisation à avoir atteint la Bretagne et les Açores. Il est établi que les Phéniciens ont contourné l'Afrique en bateau pour le compte des Égyptiens, aux alentours de 600 av. J.C. En ce qui concerne le Nouveau Monde, les faits sont moins sûrs. Leur alphabet modifié, la plus importante de leur contribution, fut diffusé aux quatre coins du monde de l'époque. Plus tard, les Grecs et les Romains le diffusèrent davantage encore, sous la forme améliorée de l'alphabet qu'utilisent toujours les cultures occidentales.
Le cèdre, un arbre millénaire Le secret de l'éternité Le cèdre, tout comme le sapin, est un conifère de la famille des abiétinées. De toutes les espèces de cèdres, c'est le plus anciennement cultivé. C'est aussi l'un des plus grands avec parfois 40 m de haut. Son tronc peut atteindre 15 m de circonférence et son feuillage couvrir 50 m d'une extrémité à l'autre. Le cèdre du Liban croît rapidement jusqu'à l'âge d'environ 45-50 ans, puis plus lentement jusqu'à 70 ans. Il peut vivre jusqu'à 3 000 ans. En forme d'aiguilles, ses feuilles persistantes restent sur l'arbre pendant plusieurs années. Le cèdre fleurit au printemps et ne commence à donner des cônes qu'à partir de 40 ans environ (et même souvent plus tard). Ceux-ci, parfaitement lisses et de couleur verte la première année, brunissent et se couvrent d'écailles comme une pomme de pin la deuxième année; enfin, ils s'effilochent et ne laissent que des rachis. À partir du bois et du fruit du cèdre, on tire une résine appelée cédrie, qui sert de vernis protecteur, et un liquide, le cédrum. La forêt de Bcharré compterait aujourd'hui 2 arbres tri millénaires, 10 millénaires et 363 plusieurs fois centenaires . L'arbre sacré « Arz el Rab », cèdre de Dieu, est mentionné 103 fois dans la Bible. C'est le seul arbre, selon les Écritures, que Dieu ait planté de ses mains. Témoins des temps antiques, les cèdres millénaires ont connu les règnes des rois Ahiram de Tyr et Salomon de Jérusalem. Le cèdre est lié aux trois grandes religions du Moyen-Orient. Pour les juifs, c'est l'arbre choisi pour construire la charpente du temple de Salomon à Jérusalem (1000 av. J.C.) ; pour les chrétiens, l'arbre saint; pour l'islam, le bois pur. On le retrouve dans les temples, les églises et les mosquées, la beauté du site des Cèdres en faisait au XIXe siècle un pèlerinage. Un symbole politique « Monuments naturels les plus célèbres selon Lamartine, les cèdres sont l'emblème du drapeau libanais, le symbole d'un pays martyr et de la nécessaire union, En 1920, l'un des textes de la proclamation du Grand Liban déclare: « Un cèdre toujours vert, c'est un peuple toujours jeune en dépit d'un passé cruel. Quoique opprimé, jamais conquis, le cèdre est son signe de ralliement. Par l'union, il brisera toutes les attaques. » Collège St Joseph ANTOURA - LIBAN Des pères Lazaristes
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